• Récession ou pas ? C’est la grande question de l’agenda économique du mois d’avril. Y-a-t-il eu trop de morosité ? La croissance mondiale semble se raffermir, la courbe des taux n’a pas été inversée et une forte reprise du marché vient de se produire dans le contexte d’un effondrement de la volatilité. Il n’y a qu’une raison à cette reprise: le revirement de la politique monétaire. La Fed a promis de ne plus augmenter ses taux d’intérêt. Une politique monétaire aussi accommodante (peut-être perpétuelle?) est désormais la norme dans le monde, mais l’économie mondiale continue de perdre de la vigueur. Cela ne signifie pas qu’une récession est imminente, mais qu’au mieux, nous devrions nous attendre à une demande faible, à une croissance et à une inflation faibles et à des taux d’intérêt extrêmement bas.
  • Un exemple: la performance du PIB américain au premier trimestre est impressionnante (3,2% en chiffres annualisés), mais une hirondelle ne fait pas le printemps. L’augmentation des stocks est en la principale raison, tandis que les chiffres sous-jacents, tels que la consommation, laissent présager un ralentissement de la croissance économique.
  • Les taux d’intérêt extrêmement bas ont tendance à faire grimper le prix des actifs financiers, en particulier ceux autour desquels on élabore de « belles histoires ». Tel est le cas avec les introductions en bourse des start-ups technologiques. Lyft, Pinterest, Airbnb, Slack et Uber ont un point commun: elles ne gagnent pas d’argent (ou à peine). Uber incarne parfaitement cette situation: il recherche une valorisation publique de 90 milliards USD, mais n’a jamais réalisé de bénéfice depuis sa fondation en 2009 et a même enregistré l’an dernier une perte de 3,3 milliards USD sur ses revenus de 11 milliards USD. C’est le pouvoir du récit: transformer les difficultés financières en succès boursier en vendant des récits aux investisseurs individuels sur l’avenir.
  • Dans les pays à revenu moyen élevé, les classes moyennes ressemble à «un bateau ballotté par les eaux». Au cours des 10 dernières années, ses revenus ont stagné ou diminué tandis que le coût de son mode de vie a explosé (notamment les coûts de logement et souvent ceux de la santé et de’ l’éducation). Il s’agit d’un changement tectonique: les perdants de l’économie font désormais partie du courant dominant et ne constituent plus une frange marginale de la société. Cela favorise les politiques anti-établissement et protectionnistes.
  • L’année dernière, le salaire du PDG de Disney a suscité un tollé général en atteignant 1’424 fois le montant du salaire moyen de ses employés; ceci combiné à une augmentation de 80% de sa rémunération totale (à 65,6 millions de dollars). Sur l’ensemble des États-Unis, le salaire moyen d’un dirigeant d’une grande entreprise publique est 254 fois plus élevé que le salaire médian (contre 30 fois dans les années 1970). Un nombre croissant (bien que toujours limité) de hauts dirigeants américains reconnaissent désormais que moins d’inégalité et plus d’équité sont une condition sine qua non pour la survie du capitalisme. Comme le dit l’un d’eux : «A choisir entre les fourches et les taxes, je prends les taxes.”
  • Dans ce contexte, il est révélateur que d’éminents financiers américains (comme, Ray Dalio, un hedge fund manager, et le directeur général de JP Morgan, Jamie Dimon) soutiennent désormais qu’à moins de se reformer, le capitalisme américain risque l’extinction. La question qui se pose est la suivante: quel prix les capitalistes «purs et durs» sont-ils prêts à payer pour la paix sociale? Peut-être que le capitalisme européen et ses économies de marché sociales peuvent montrer la voie. Le capitalisme européen est bien sûr imparfait – parfois «paresseux» et trop prudent; il fonctionne néanmoins mieux et pour plus de gens que son cousin américain. Ce n’est pas un hasard si 8 des 10 pays les mieux classés en termes de bonheur sont européens. En ces temps agités, le modèle européen va faire un retour en force.
  • Au cours des vingt prochaines années, le monde a un besoin d’infrastructures (transports, énergie, TIC, eau, etc.) équivalent à 94 billions de dollars. Le deuxième Forum «Belt and Road» qui vient de se tenir à Beijing montre clairement que la Chine est en avance dans la course aux infrastructures, et que cela lui assurera des gains géopolitiques et économiques. Malgré toutes les critiques, la BRI a abouti à des accords de coopération avec 125 pays et a déjà attiré 80 pays. La récente “actualisation de la politique” dans sa mise en œuvre signifie qu’à l’avenir, l’initiative sera plus internationalisée et ouverte aux investissements venant d’autres pays.
  • Plus besoin de tourner autour du pot: le changement climatique est un risque comme aucun autre, et en plus il s’accélère. (1) De nombreux articles scientifiques concluent désormais qu’une plus grande sévérité et une plus grande intensité des conditions météorologiques extrêmes avec leurs effets secondaires (comme la montée des eaux) non seulement se produisent, mais sont en augmentation. (2) Deux gouverneurs de banques centrales viennent d’appeler les régulateurs financiers, les banques et les assureurs à intervenir avec force afin d’éviter une catastrophe climatique, mettant également en garde contre une «réallocation massive du capital» qui paraît imminente. (3) Une importante étude réalisée par BlackRock montre que le changement climatique exerce déjà des effets néfastes sur certains titres tels que les obligations municipales ou les actions de services publics. Il conclut que les marchés sous-évaluent les risques liés au changement climatique.
  • La nature sans précédent du risque exige une réponse sans précédent. Nous devrons abandonner certaines de nos hypothèses les plus fondamentales sur ce qui constitue aujourd’hui une vie «normale» (déplacements faciles, surconsommation, etc.) et la rébellion climatique prendra différentes formes. Extinction Rebellion (un mouvement né en Grande-Bretagne prônant la désobéissance civile de masse pour une action climatique audacieuse), les grèves dans les écoles autour du monde menées par des activistes du climat ou BirthStrike (une communauté en ligne qui choisit de ne pas avoir d’enfants en raison de la gravité de la crise écologique) donnent un avant-goût de ce qui se profile.
  • Les principales conséquences économiques de l’accélération du changement climatique sont dramatiques et assez binaires: (1) les investisseurs puniront de plus en plus les entreprises qui nient, minimisent l’importance ou contribuent au changement climatique; (2) les investissements dans tout ce qui peut atténuer les risques liés au changement climatique vont exploser – c’est évident pour les technologies réduisant les émissions de carbone, mais c’est aussi vrai dans des domaines plus surprenants comme les entreprises de sécurité physique: le chaos climatique et les troubles sociaux éventuels vont stimuler la demande de sécurité des entreprises et des particuliers.
  • L’ère de l’autoritarisme numérique et le règne des techno-autocrates sont à nos portes. La Chine montre le chemin, mais tous les pays suivront avec une intensité différente: si (ou quand) la technologie est en place, elle sera utilisée pour surveiller et poursuivre les citoyens. Quelques thèmes sous-jacents: (1) l’espace démocratique diminuera; (2) le monde «se réorganisera» dans différentes sphères d’influence numérique, (3) les villes intelligentes seront assimilées à des villes de surveillance. Un thème d’investissement sous-jacent (mis à part la technologie elle-même): les lieux suffisamment éloignés pour offrir un sanctuaire exempt d’interférences numériques bénéficieront de cette évolution: un refuge dans les montagnes, une cabane dans les bois, un bateau en mer…Voilà une antidote !

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