- L’économie mondiale se trouve dans une situation de plus en plus précaire: en période de ralentissement majeur, avec un risque de récession qui augmente. En Corée du Sud, pays considéré comme un indicateur de la santé de l’économie mondiale, les exportations chutent depuis huit mois consécutifs. Les exportations japonaises subissent le même sort – depuis sept mois. Une récession dans le secteur manufacturier s’installe également, avec une contraction de l’activité aux États-Unis, en Chine et en Allemagne. Beaucoup s’inquiètent du fait que la dette mondiale atteigne désormais des niveaux qui paraissent insoutenables (la dette mondiale totale s’élève désormais à 246,5 billions USD, soit 320% du PIB), mais cela est un peu trompeur: dans un monde caractérisé par des taux d’intérêt bas « permanents », la dette devient plus soutenable (formulé autrement: les ratios traditionnels dette / PIB en tant que prédicteurs de crise financière ne sont plus valables).
- Dans le Baromètre Mensuel, nous affirmons depuis des années que les taux d’intérêt resteront très bas dans le très long terme. Cette conviction est désormais corroborée par l’évidence grandissante que toutes les grandes économies riches se transforment progressivement en «modèle japonais». Alors que l’économie américaine ralentit ou entre en récession, la Fed risque elle aussi de réduire les taux d’intérêt, ce qui entraînera les États-Unis (comme l’Europe et le Japon) dans un monde de rendements obligataires nuls ou négatifs. Que se passera-t’il ensuite? Les taux zéro inciteront les décideurs à pénétrer dans le territoire inconnu du MMT (l’acronyme de « théorie monétaire moderne » en anglais). Les gouvernements commenceront à mettre en œuvre des politiques budgétaires expansionnistes tout en s’inquiétant moins que par le passé des problèmes d’endettement.
- Cet été, les conditions météorologiques extrêmes sont omniprésentes. Les pertes et les gains sont asymétriques et multidimensionnels, mais au cours des cinq prochaines années, le «business» de gestion des événements météorologiques extrêmes (sécheresses, incendies, inondations, températures anormalement élevées ou basses, montée des mers, etc.) pourrait rapporter plus de 2 000 milliards USD. Ce chiffre concerne principalement la demande de produits et de services à faible émission carbone et les travaux d’infrastructure pour plus de 200 grandes entreprises multinationales ayant répondu à une enquête détaillée. Cela signifie donc que le chiffre global est considérablement plus élevé. Le résultat: le changement climatique représente un défi monumental et une menace existentielle, mais la transition vers une économie pauvre en carbone et plus résistante aux intempéries représente une formidable opportunité d’investissement.
- Cela dit, les actions doivent être en phase avec les déclarations. Il existe une dissonance frappante entre ce qui est attendu (nécessaire) et ce qui se passe réellement. De nombreux financiers n’ont pas encore évalué le coût du changement climatique, estimant que les craintes d’un «moment Minsky pour le climat» (quand un événement climatique extrême pourrait brutalement réévaluer les actifs) sont exagérées. Les inquiétudes des banquiers centraux et des régulateurs sont telles que les investisseurs qui ne pensent pas au risque climatique et n’agissent pas en conséquence risquent de se voir accusés de ne pas s’être acquittés de leur obligation fiduciaire..
- C’est un mythe de croire qu’à court terme, la 4ème révolution industrielle se déroulera sans heurts. Oui : dans le long terme, elle profitera à l’économie, mais la période de transition sera extrêmement difficile, comme ce fut le cas lors des périodes de grande transition industrielle. La 1ère révolution industrielle a conduit à une bien plus grande prospérité, mais seulement après des décennies de souffrance au cours desquelles la richesse s’est concentrée entre les mains du capital. De 1780 à 1830, la technologie a largement remplacé le travail et les salaires des ouvriers du textile n’ont augmenté que de 12%, tandis que la productivité a augmenté d’environ 50%. La situation ne sera pas différente cette fois-ci: à mois que les politiques n’agissent en amont, l’intelligence artificielle répétera ce que la machine à vapeur a fait il y a 250 ans.
- Comprendre la nature et le calendrier des implications politiques et sociales de ce qui précède est crucial. Le 21e siècle n’est pas le 18e siècle: cette fois-ci, les technologies (pour beaucoup de gens) sont une source d’inquiétude, auxquelles s’ajoutent d’autres craintes (notamment les changements climatiques) et une tolérance plus faible aux inégalités que par le passé. L’utilisation de la force militaire par le gouvernement et le long bras de la loi pour limiter les soulèvements des travailleurs ne sont heureusement plus une option. Alors que se passera-t-il? Pour atténuer le risque de turbulences, les gouvernements vont probablement réagir de manière excessive et s’immiscer de plus en plus dans la conduite des affaires, en décidant de ne pas se concentrer sur les nombreux avantages de la technologie, mais sur ses coûts «sociaux». Attendez-vous à ce que les véhicules autonomes, les assistants d’intelligence artificielle et les magasins sans caisses mettent plus longtemps à entrer dans le circuit économique que nous le supposons actuellement.
- L’idée que le populisme est mondial et inévitable (la théorie dite de la «poussée populiste») est remise en question dans un lieu improbable. Les nouveaux développements en Europe centrale et orientale suggèrent qu’une réaction à l’encontre de la réaction (populiste) pourrait être imminente. En Slovaquie, en Pologne, en Bulgarie et dans une demi-douzaine d’autres pays, de nouveaux dirigeants libéraux ont gagné contre des candidats populistes (aux élections générales ou locales) ou de sérieuses manifestations ont eu lieu contre des élus populistes. Il est encore trop tôt pour dire s’il s’agit d’une tendance ou d’une coïncidence, mais ne donnez pas encore les valeurs libérales comme vaincues…
- Les problèmes à Hong Kong sont une représentation en miniature de ce qui se passe dans le monde plus vaste de la géopolitique mondiale. Le territoire, qui était autrefois le centre de l’ascension de la Chine et un archétype de la mondialisation, constitue un nœud critique des relations sino-occidentales qui risque de disparaître. Portant souvent le drapeau américain, les manifestants veulent clairement inscrire leurs revendications dans la rivalité croissante qui oppose la Chine et les États-Unis. L’issue de ce désordre croissant est inconnue, mais à l’ère de la dé-globalisation, nous pouvons être certains que la politique l’emportera sur l’économie. Autrement dit: la Chine ne fera pas de concessions politiques par crainte de dommages économiques.
- Une tendance économique à la hausse (alimentée par la concentration de la richesse): des clients disposés à payer des sommes extravagantes pour des biens ou des services supposément uniques. Ceux-ci vont d’une tasse de café d’origine exceptionnelle (yéménite) à 20 USD jusqu’à 3’100 USD par nuit dans une cabane (sans Internet) dans le parc national de Denali, en Alaska. Les entreprises qui vendent ces produits «positionnels» se multiplient à travers le monde. Elles constituent un bon exemple de notre ingéniosité humaine et de notre capacité à créer et à exploiter un marché dynamique à partir du simple désir d’exclusivité.
- En parlant des décisions de consommation… Nous sommes moins aux commandes que nous ne le croyons, car la technologie – utilisant des algorithmes sophistiqués -est désormais capable de manipuler nos préférences et d’orienter nos décisions. Certains experts appellent ce nouveau phénomène «l’économie du somnambulisme».

