• Il est de plus en plus évident que le commerce et la géopolitique jouent un rôle clé dans la croissance économique mondiale, en particulier dans le secteur manufacturier et dans les investissements (qui diminuent dans le monde entier). La Banque mondiale vient d’abaisser ses prévisions de croissance mondiale à 2,6% en 2019. Un véritable « rideau de fer économique et technologique » est en train de s’abaisser sur le monde, le commerce et la technologie étant utilisés comme des armes – principalement, mais pas seulement, par l’administration américaine. Cela crée une incertitude considérable pour les investisseurs et les entreprises, car personne ne sait d’où proviendra la prochaine crise.
  • Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que la vague d’assouplissement monétaire mondial gagne du terrain – à tel point que la valeur des obligations à rendement négatif équivaut maintenant à un montant sans précédent de 12,5 billions de dollars. Comme en 2016, la quête de rendements incite les investisseurs à prendre des risques toujours plus grands, ce qui conduit à des situations soudaines de manque de liquidités – comme cela vient d’arriver à des fonds comme GAM Holding ou H2O Asset Management, qui ont du mal à retourner l’argent de leurs investisseurs à un moment où la liquidité mondiale n’a jamais été aussi abondante… Le signe le plus troublant ? Malgré des taux d’intérêt extrêmement bas, les entreprises n’investissent pas.
  • Vous vous souvenez de ‘Chimerica’ – l’idée que la Chine et les États-Unis étaient si intimement liés qu’ils finiraient par ne former qu’une seule entité? L’hypothèse selon laquelle l’avenir Chiméricain était inévitable a constitué durant des années la pierre angulaire du monde de l’investissement… jusqu’à ce qu’elle cesse de faire du sens. Indépendamment de l’évolution des négociations commerciales, la rupture sino-américaine est consommée. À mesure que les deux pays se dissocient, les conséquences économiques, sociales et géopolitiques seront monumentales, affectant leurs relations dans des domaines aussi divers que le commerce, les flux de capitaux, le tourisme et l’éducation. Il y aura inévitablement de nombreuses retombées sur le reste du monde.
  • Les marchés émergents pourraient bien être la plus grande victime du tourbillon actuel car l’argument sous-jacent d’une croissance plus rapide que dans les pays les plus développés est en train de voler en éclats… En excluant la Chine et l’Inde, la croissance du PIB par habitant (mesurée en termes de PPA) est plus lente dans les économies émergentes que dans les économies à revenu élevé. De surcroît, les économies dites matures sont à la recherche d’un nouveau modèle de croissance (moins axé sur le consumérisme et davantage concerné par les préoccupations environnementales) qui ralentira les économies émergentes dont le modèle de développement est fondé sur les exportations – une situation maintenant exacerbée par les tensions commerciales, les doutes grandissants quant aux chaînes d’approvisionnement en temps réel et à l’innovation technologique en général.
  • Ce qui précède s’applique également aux entreprises. Dans ce nouveau monde nationaliste et fragmenté, les chaînes de valeur mondiales vont poser de multiples problèmes aux grands conglomérats et pourraient même les rendre obsolètes. À l’avenir, les sociétés mondiales «cosmopolites» seront exposées et vulnérables car leur modèle d’activité principal (différents pays spécialisés dans différents domaines) risque de ne plus être viable.
  • Lorsque nous rejetons la réflexion compartimentée et établissions un jeu de correspondances entre économie, géopolitique, enjeux de société, environnement et technologies, l’image d’un monde de plus en plus désordonné se dessine avec force. Les risques croissants dans ces 5 catégories macro se confondent et s’amplifient, rendant le monde imprévisible et de plus en plus dangereux. Prenons la géopolitique comme exemple : en raison (1) du manque de gouvernance mondiale, (2) de l’absence du «Concert des Nations», (3) de l’actuelle «impulsion jacksonienne» des États-Unis, (4) du risque constant d’une erreur de calcul, toutes les grandes crises internationales du moment (comme celle de l’Iran ou de la mer de Chine méridionale) pourraient se déclencher en dehors de toute forme de contrôle. Si tel est le cas, elles créeraient des effets-domino et infligeraient des dommages considérables aux autres catégories macro.
  • L’évolution géopolitique la plus notable de juin a été le rapprochement important entre la Chine et la Russie. Les deux pays ont de fortes animosités historiques et il est difficile de dire comment ce partenariat évoluera et quel en sera l’effet sur l’Occident en général et sur les États-Unis en particulier. Les investisseurs directs et à long terme doivent garder à l’esprit que la démographie est l’un des principaux moteurs des tendances géoéconomiques. Par rapport à leurs principaux rivaux, les États-Unis occupent une position plutôt enviable, ainsi que, dans une moindre mesure, l’Europe. Des tendances démographiques défavorables vont bientôt créer de graves maux de tête (et des vents contraires) pour l’économie chinoise. Ce sera bien pire pour la Russie.
  • Certains analystes affirment que les menaces de «cyber-DMA» remplacent progressivement les «DMA nucléaires». La peur de l’annihilation nucléaire (DMA: destruction mutuelle assurée ou MAD en anglais) a gardé le monde en sécurité pendant la guerre froide, mais il en va autrement avec le cyber qui, contrairement à la dissuasion nucléaire, occupe un vaste espace à la frontière entre guerre et paix. Seule certitude: une escalade est en cours. Les États-Unis viennent de faire savoir qu’ils avaient lancé des attaques numériques sur le réseau électrique russe et les systèmes de missiles de l’Iran.
  • Vélocité contre durabilité – nous supposons normalement que le commerce électronique est «bon» pour l’environnement, car il réduit notre empreinte carbone (un camion transportant de nombreux colis semble plus «durable» que de nombreux consommateurs allant les chercher en voiture). Cela est de moins en moins vrai car notre obsession de vitesse se heurte à nos efforts pour réduire les émissions de carbone. La décision d’Amazon d’accélérer les expéditions Prime de deux jours à un jour et d’offrir une livraison gratuite pour un achat unique sera inévitablement imitée par ses concurrents (Walmart et autres), Cela signifie qu’il y aura beaucoup plus de camions sur la route et d’avions dans les airs. L’antidote à cette culture du «tout tout de suite – tout le temps» se trouve dans les activités économiques qui nous permettent de ralentir. Elles restent une niche, mais se développent très rapidement.
  • La question de la prise de décision dans un monde quantique était au cœur de notre récent Summit of Minds en Arménie. Dans un monde quantique, le changement intervient rapidement et de manière imprévisible. Bien gérer un tel environnement dépend de deux attributs fondamentaux: (1) la capacité permanente d’apprendre et de s’adapter; (2) la prise de conscience que dans un monde centré sur les données et obsédé par les technologies, les relations personnelles et la capacité de s’engager dans des réseaux divers sont plus importantes que jamais. En conclusion: l’agilité mentale est primordiale et le fait d’être petit (en tant que pays, institution ou entreprise) peut donner un avantage, car il est beaucoup plus facile de s’adapter.